English
LGGE

Accueil du site > Actualités scientifiques > Une crue glaciaire pourrait avoir freiné l’expansion viking au nord du Groenland




Rechercher

OSUG - Terre Univers Environnement OSUG

Une crue glaciaire pourrait avoir freiné l’expansion viking au nord du Groenland

par FAVIER Vincent - 28 septembre 2016 - ( maj : 28 septembre 2016 )

La colonisation du Groenland, qui a eu lieu durant la période qualifiée d’optimum climatique médiéval, a longtemps été attribuée à la douceur du climat. Pourtant, dans le nord du Groenland, un climat rigoureux régnait qui a provoqué une avancée importante des glaciers autour de l’an 1000 et probablement participé à limiter la colonisation des Vikings au sud du Groenland. C’est ce que vient de démontrer une équipe de chercheurs du CNRS, des universités Grenoble-Alpes, Aix-Marseille et Bordeaux et du CEA, en collaboration avec des chercheurs du Royaume-Uni(1). La baisse des températures au nord du Groenland est vraisemblablement liée aux taches solaires et aux éruptions volcaniques dont l’intensité au cours de l’optimum climatique médiéval a été récemment révisée à la hausse.

Source : Actualités du CNRS-INSU : http://www.insu.cnrs.fr/node/6009

En l’an 982 apr. J.-C., le célèbre Viking Érik le Rouge débarquait dans le sud du Groenland, pays qui sera appelé Terre verte (Green Land). À cette époque, qualifiée d’optimum climatique médiéval, un climat chaud, favorable aux récoltes et aux vendanges précoces, régnait en Europe et les glaciers alpins connaissaient un net recul, similaire au recul actuel.

Collecte d’échantillons de roche sur une moraine de l’île de Disko. © LGP, Vincent Jomelli

Une équipe de chercheurs a étudié l’évolution de plusieurs glaciers situés à l’ouest du Groenland autour de l’île de Disko, à environ 1000 km au nord des sites vikings, en datant leurs phases d’extension. Pour réaliser cette datation, ils ont analysé les concentrations en chlore 36 des moraines, ces débris rocheux charriés puis laissés sur place par les glaciers. En effet, lorsqu’un glacier commence à reculer, ses moraines frontales ne sont plus protégées par la glace. Les roches commencent alors à accumuler du chlore 36, issu des réactions nucléaires provoquées par l’impact sur ces roches des particules du rayonnement cosmique, déclenchant un "chronomètre géologique".

Les chercheurs ont ainsi pu montrer que ces glaciers avaient connu plusieurs avancées au cours du dernier millénaire et que la première, très marquée, a eu lieu au plein cœur de l’optimum climatique médiéval et de la colonisation viking. Contrairement à ce qui a été observé dans les Alpes et dans plusieurs autres massifs montagneux de l’hémisphère nord, l’extension des glaciers dans cette partie de l’Arctique a été au moins aussi importante pendant l’époque médiévale que pendant la très célèbre phase de crue du "petit âge glaciaire".

En l’absence de variations significatives des précipitations neigeuses dans cette région, ces phases de crue glaciaire impliquent qu’il y ait eu une diminution pluridécennale des températures estivales pendant l’optimum médiéval, laquelle n’est décrite ni dans les reconstructions de températures, ni dans les modèles paléo-climatiques. Les causes de ces crues glaciaires sont donc encore obscures. Néanmoins, les chercheurs ont constaté que les variations de l’Oscillation Nord Atlantique (NAO) classiquement évoquées dans la région n’étaient pas la cause principale de ce refroidissement. Ils estiment que la baisse des températures était vraisemblablement liée aux taches solaires et aux éruptions volcaniques dont l’intensité au cours de l’optimum climatique médiéval a été récemment révisée à la hausse. Ayant comparé leurs données aux résultats des simulations du climat passé disponibles, ils ont pu montrer qu’effectivement ces simulations sous-estimaient l’intensité des éruptions de l’optimum climatique médiéval et qu’elles devront donc être révisées. Enfin, en raison du caractère régional de ces crues glaciaires, ils n’excluent pas qu’une partie du refroidissement responsable de ces avancées ait été la conséquence de la variabilité interne (aléatoire) du climat. Pour déterminer précisément les parts respectives jouées par ces forçages et par la variabilité interne dans les variations du climat durant cette période, il va donc être nécessaire de mieux documenter l’intensité des éruptions volcaniques du dernier millénaire et leurs effets sur le climat.

a) et b) Localisation de l’île de Disko à proximité du Groenland. c) Localisation des moraines du site de Disko (traits de couleurs) et âge de stabilisation de chacune d’elles (dans le carré de même couleur que le trait). L’âge est donné par rapport à aujourd’hui (BP : Before Present), mais aussi par rapport à l’année du dépôt selon notre calendrier (CE : Current Era).

Les conditions environnementales autour de l’île de Disko, située à la même latitude que l’Islande, créées par ces avancées glaciaires et par une importante extension de la glace de mer, ont vraisemblablement été peu favorables à l’expansion viking fondée sur la navigation en drakkar et l’agriculture. Elles pourraient donc expliquer, au moins en partie, pourquoi les colonies vikings étaient inexistantes au-delà de Nuuk, la capitale du Groenland.

Voir en ligne : Jomelli, V. et al. : Paradoxical cold conditions during the medieval climate anomaly in the Western Arctic. Sci. Rep. 6, 32984 ; doi : 10.1038/srep32984 (2016)

Post-scriptum :

Note(s) :

Les laboratoires français impliqués sont les suivants : Laboratoire de Géographie Physique : Environnements Quaternaires et Actuels (LGP, CNRS / Université Panthéon-Sorbonne / UPEC / INRAP), Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement (LGGE/OSUG, CNRS / UGA), Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE/IPSL, CNRS / CEA / UVSQ), Environnements et paléoenvironnements océaniques (EPOC/OASU , Université de Bordeaux/ CNRS) et Centre européen de recherche et d’enseignement de géosciences de l’environnement (CEREGE/PYTHÉAS, CNRS / Université Aix-Marseille / IRD / Collège de France). Les organismes étrangers impliqués sont les suivants : Liverpool John Moores University et University of St Andrews (UK).

Source(s) :

Jomelli, V., T. Lane, V. Favier, V. Masson-Delmotte, D. Swingedouw, V. Rinterknecht, I. Schimmelpfennig, D. Brunstein, D. Verfaillie, K. Adamson, L. Leanni, F. Mokadem & ASTER Team Paradoxical cold conditions during the medieval climate anomaly in the Western Arctic. Sci. Rep. 6, 32984 ; doi : 10.1038/srep32984 (2016)

Contact(s) :

Vincent Jomelli, LGP, jomelli@cnrs-bellevue.fr, 01 45 07 55 81

Vincent Favier, LGGE, vincent.favier@univ-grenoble-alpes.fr, 04.76.82.42.68

Dans la même rubrique :